UNE GUITARE : L'EKO J56 À 12 CORDES    
   

La marque EKO fut fondée en 1959 dans la région italienne des Marches par Oliviero Pigini. La firme commença par produire des guitares acoustiques et de petites archtop de type sicilien. L’idée était de produire des instruments accessibles au plus grand nombre. Dès 1962,  EKO décida d’offrir des guitares folk et choisit comme modèle le dreadnought qui dominait aux USA. Un modèle 6 cordes fut proposé avant que la firme se tourne rapidement vers une version 12 cordes qui prit jusqu’en 1967(?)  le nom de J56. La J56 devint dans sa catégorie, dit-on, la guitare la plus vendue, avant d’être popularisée sous le nom de Ranger XII et d’entrer, en raison de la demande importante dont elle jouissait, dans la série des Rangers, avec la Ranger VI en 6 cordes.

On peut voir la J56 ou la Ranger XII aux mains de Gerry Rafferty dans un de ses hits : « Stuck in the middle with you. »




Jimmy Page en joue également dans un concert en public ainsi que Mike Rutherford (voir https://www.ekoguitars.it/en/about).

La firme cessa néanmoins ses activités en 1985, pour ne renaître que deux ans plus tard sous la direction du frère d’Oliviero Pigini, Lamberto. Elle reprit surtout son envol au début du troisième millénaire, avec une ligne de produits baptisée « Eko’s back », fabriqués en République tchèque. Elle propose ainsi une Ranger VR XII Honey Burst (VR = Vintage Reissue) en sunburst, le même type de modèle avec amplification Fishman Sonitone GT1 et une Ranger XII VR Natural Top Stained (littéralement « Table tachée »).

C’est ce dernier modèle qui nous intéresse plutôt ici. Il reproduit les caractères de la J56 : le manche bolt-on, c’est-à-dire « boulonné », fixé par des boulons ; le chevalet ajustable en aluminium; une frette-zéro ; les repères de cases en « carrés » ou plutôt en rectangles ; la forme particulière, tout en élan, de la plaque de protection (pickguard). La reissue est dite conserver les bois de l’originale.

La table d’harmonie, qui participe, dit-on, pour 70 % au son, est en épicéa, qui a de la projection et donne un son brillant, mais avec « plus ou moins d’harmoniques, de sorte que vous pouvez attendre une sonorité comme très cristalline et percutante avec des médiums et des basses concentrés » (Musicarius. L’effet des différentes essences de bois sur le son des guitares acoustiques).

Comme il arrive souvent les éclisses et le dos, dans la réissue, sont en acajou (mahogany), un bois très dur, qui « ne contribue qu’à environ 30 % à la qualité du son ». Le manche de la reissue serait également en acajou, alors que la touche est en « bois de rose » (rosewood) ou palissandre.

L'exemplaire qu’on présente ici a été acquis à partir du site « Reverb » chez Atypic Guitars (Liège) le 04-09-18 (illustration 1). Il porte le n° 330827. La tête porte le marque « EKO » en caractères métalliques dans un médaillon en relief (illustration 2). L’envers de la tête a l’inscription traditionnelle « Made in Italy » dans une bannière (illustration 3). On y distingue bien la forme caractéristique des clés,  en une sorte de «  »” allongé. On constate aussi que la tête comporte deux types de bois: une telle variété serait, selon mon vendeur, une caractéristique des instruments italiens. Le manche comporte lui-même une bande centrale qui est d’un bois différent, plus clair (illustration 4). Les éclisses et le dos, s’ils sont en acajou, montrent de magnifiques marbrures en nuages (illustrations 5-6).

Par rapport à d’autres J56 ou Raiders, celle-ci se différencie d’abord par deux traits. Une vidéo mise en ligne le 29-07-2017 par Mark Fifer montre que son exemplaire, qu’il considère comme une J56 ou une Raider datant de 1964-1969, a une tige métallique ou « tendeur tirant » servant à ajuster le manche (truss rod).



D’autre part, la guitare a aussi, comme le remarque M. Fifer, un cordier métallique en losange, alors que mon exemplaire a un chevalet classique en bois de type pyramide –- avec les chevilles étoilées de l’originale ? – conforme à ce que montre une autre vidéo, qui est aussi dépourvue de truss rod



Par contre, ces vidéos font apparaître ce qui semble être un « défaut » de mon exemplaire: son pickguard n’a pas leur liseré blanc, ce qui indiquerait qu’il a été rajouté. Mais on trouve aussi des exemplaires sans ce liseré, comme cette 1968 J56 que montre d’autres vidéos.







Aucune des J56 montrées dans ces vidéos ne semble cependant avoir les clés en « S » signalées plus haut, mais des clés traditionnelles en amandes ou dragées.

Dave Simpson, du Dave Simpson Trio (Lincolnshire) qui « a ses racines fermement plantée dans le British Blues des années ‘60 », trouve en tout cas le son de son EKO Ranger des années ’70, avec son manche mince, « gorgeous ».



Mon EKO J56 est difficile à dater plus précisément (illustration 7).  Un dernier mot à son sujet. Quand nous avons visité, avec ma femme et Gilles, Jack Owens à Bentonia voici trente ans, celui qui est devenu une icône du blues rural du Mississippi jouait sur une EKO J56 ou Raider – mais réduite à six cordes. On le voit notamment sur Back to Bentonia. Voir aussi le film « Deep Blues » de Robert Mugge (1981) où il est accomapgné par Bud Spires : https://vimeo.com/131501986 ainsi qu’une vidéo d’Eric Cajundelyon (placée en 2012) :



Mais Jack Owens n’avait pas cette guitare quand Alan Lomax l’a filmé en 1978 :



Il est mort en 1997.

 
Illustration 1.



Illustration 2.


Illustration 3.


Illustration 4.


Illustration 5.


Illustration 6.


Illustration 7.

Copyright © 2018 - Elmore D.  Photo Credits